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Les bonus bancaires n’ont aucune raison d’être. Parole de banquier

01-03-2011 |  

Les voilà repartis pour un tour. La presse nous dévoile chaque jour les impressionnants bonus que perçoivent ces jours-ci, au titre de 2010, les employés vedettes des divisions investissement des grandes banques. Ces rémunérations, censées rétribuer la « performance » de leurs heureux bénéficiaires, peuvent atteindre des centaines de milliers d’euros, parfois des millions.

Comme si rien ne s’était passé. La crise bancaire et financière de 2008-2009 plombera longtemps encore les finances publiques de nombreux Etats mais elle n’est déjà plus qu’un vague souvenir dans les salles de marchés, là où tout s’est emballé.

Bien sûr, des initiatives législatives ont été prises pour encadrer quelque peu ces primes. En Europe par exemple, une directive veut désormais que le paiement d’au moins 40% du bonus soit reporté dans le temps, trois ans minimum, et que la moitié au moins ne soit pas versée en cash mais en actions ou équivalents.

Ces dispositions ont le mérite d’exister, elles valent sans doute mieux que rien mais il s’agit bien là du seul point positif. Car ces timides restrictions aux bonus n’en modifient pas le principe. Demain comme hier, les banques qui le veulent encourageront encore, par des politiques de rémunération indéfendables, des prises de risques inconsidérées et motivées essentiellement par la recherche du profit maximal et immédiat.

Et pourtant, parole de banquier, ces incitations financières n’ont pas de raison d’être. Le rôle d’une banque n’est pas d’amplifier la spéculation mais, au contraire, de faire œuvre utile en finançant les projets des uns avec les moyens des autres. Il est donc question ici, nécessairement, de stabilité et de long terme.

Le banquier a un rôle important à remplir, vital même pour l’économie et pour le développement de la société, ce qui ne l’autorise pas à spéculer avec l’argent qui lui est confié, encore moins à s’octroyer des rémunérations déconnectées de toute réalité.

Si les bonus n’ont pas de sens et éloignent le banquier de sa fonction première, alors il faut les supprimer. C’est parfaitement possible. À la Banque Triodos, il n’y a pas d’incitant financier à la prise de risques. Nous estimons en effet que les résultats obtenus découlent du travail de chacun et de tous. Tout le monde n’a bien sûr pas la même expertise, ni la même expérience, ni les mêmes responsabilités et c’est ce qui explique que les salaires soient différents. Mais chacun contribue au même objectif, à savoir l’utilisation responsable de l’argent au service du développement durable. C’est aussi pourquoi la tension salariale entre le plus bas et le plus haut salaire au sein du groupe Triodos ne peut dépasser un rapport de 1 à 10, rapport que nous publions d’ailleurs chaque année.

Pas de bonus chez Triodos, mais pas de traders non plus. Nous considérons en effet qu’il y a un risque à la fois grand et inutile à mélanger une activité de pure spéculation, qui ne profite qu’à quelques-uns, à la fonction essentielle et noble d’appui à l’économie et à la collectivité qui est celle d’une banque. Bonus et spéculation vont de pair, s’autoalimentent et sont à l’opposé de la banque durable. Pour parer la prochaine crise, nous sommes d’avis que les deux sont à encadrer rigoureusement et que seuls les pouvoirs publics y parviendront véritablement. Après avoir sauvé des eaux de nombreuses banques plombées par leurs propres excès, les autorités en ont plus que jamais le droit. Et sans doute le devoir.

Olivier Marquet
Directeur de la Banque Triodos