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Marilou van Golstein Brouwers

“Les institutions de microcrédit dans lesquelles nous investissons sont des catalyseurs du changement durable”

L'expertise de Marilou van Golstein Brouwers

Marilou van Golstein Brouwers est directrice générale de Triodos Investment Management BV et une spécialiste reconnue internationalement dans le domaine du microcrédit. Elle est active au sein de la Banque Triodos depuis 1990. En 2004-2005, elle a fait partie du  Groupe des conseillers des Nations Unies pour l'Année du Microcrédit et, de 2003 à 2008, elle a siégé au Comité exécutif du CCAP. Elle siège actuellement au conseil d'administration de Women’s World Banking, de l'International Association of Microfinance Investors in Microfinance (IAMFI), de BRAC Afghanistan Bank en Afghanistan et de Kashf Microfinance Bank au Pakistan.

Introduction

Dans cette interview, Marilou van Golstein Brouwers livre son point de vue sur les conséquences de la crise financière de 2009 pour le secteur du microcrédit, et les défis qui en découlent pour la Banque Triodos sur le plan de ses activités et de son rôle dans ce domaine.

Quels ont été les effets de la crise financière sur les activités de microcrédit en 2009 ?

Marilou van Golstein Brouwers : « L'impact de la crise financière a surtout été perceptible aux Etats-Unis et en Europe, elle a moins touché les marchés en croissance. C'est particulièrement en combinaison avec d'autres crises, notamment celle qui a vu fluctuer les prix des produits alimentaires entre 2008 et 2009, que la crise financière a touché de plein fouet les clients des institutions de microcrédit (IMC). Il y a néanmoins des liens entre la crise survenue dans le monde occidental et les clients du microcrédit. Les travailleurs basés à l'étranger sont les premiers à souffrir de la récession : des ménages perdent leur emploi aux Etats-Unis ou en Europe et ne sont plus en mesure d'envoyer de l'argent dans leur famille. La diminution du nombre de transferts financiers conduit à une baisse de revenus pour les clients des institutions de microcrédit également. Pour certains d'entre eux, il devient alors encore plus difficile de rembourser leurs prêts. Les risques liés aux portefeuilles des institutions de microcrédit s'en trouvent du même coup accrus. »

Comment les IMC ont-elles réagi face aux défis engendrés par la crise ?

Marilou van Golstein Brouwers : « Il y a une prise de conscience croissante du besoin de transparence vis-à-vis des clients et de formation de ceux-ci. Le problème du surendettement des clients du microcrédit est devenu plus visible, en particulier sur les marchés compétitifs et saturés d'Amérique centrale, dans des pays comme la Bosnie-Herzégovine ou dans certains états de l'Inde. La nécessité de mettre sur pied des bureaux d'enregistrement des crédits est devenue manifeste, le manque d'infrastructures dans de nombreux pays ne permettant pas de voir si les clients ont souscrit plusieurs crédits auprès de sources différentes. »

Qu'ont fait les IMC pour résister à la crise ?

Marilou van Golstein Brouwers : « La transparence est ancrée dans le travail de la Banque Triodos. C'est pourquoi nous soutenons activement les initiatives allant dans le sens de tarifs justes et transparents, mais aussi d'initiatives qui font prendre conscience aux clients de leurs obligations financières. Nous sommes signataires des Client Protection Principles. Ce document nous oblige à revenir aux sources mêmes du microcrédit, à savoir aider les clients à développer leur patrimoine et à améliorer leur qualité de vie. Une autre initiative internationale que nous soutenons pleinement est le projet Microfinance Transparency, qui a pour but de fournir un aperçu clair et transparent des taux d'intérêt réels dans chaque pays, tels que prélevés par les IMC auprès de leurs clients. »

Triodos fut l'une des premières banques à investir dans le microcrédit. Beaucoup d'autres ont suivi. L'afflux de nouveaux capitaux est-il une bonne chose ?

Marilou van Golstein Brouwers : « Les investisseurs – et le capital qu'ils apportent – peuvent faire positivement la différence. Ils disposent de montants importants et sont susceptibles d'investir pour une longue période. Ils se prévalent également de leur professionnalisme et poussent ainsi à plus d'efficacité, ce qui est profitable à tous. Nous sommes néanmoins convaincus que cette activité ne peut rester saine à long terme que si les investisseurs comprennent qu'il y a, d'un côté, la puissance financière de l'entreprise et, de l'autre, la nécessité de dépasser une préoccupation unique de rendement financier. »

Comment les entreprises peuvent-elles trouver l'équilibre entre puissance financière et mission sociale ?

Marilou van Golstein Brouwers  : « Plus que jamais, le rôle des actionnaires des IMC est fondamental : pour ancrer la mission et la vision de ces institutions, il est important que tous les actionnaires souscrivent à cette mission et partagent une vision à long terme de celle-ci. La réalité est que des tensions peuvent naître entre bénéfices à court terme et développements répondant à l'intérêt des clients crédits à long terme. »

La mission doit-elle toujours peser plus lourd que le profit ?

Marilou van Golstein Brouwers : « Que les choses soient claires : le profit est important. Il permet à l'organisation d'investir dans l'amélioration de ses services, la poursuite de sa croissance et l'efficacité. Au surplus, il est difficile d'attirer du capital d'une façon durable lorsque le rendement n'est pas en concordance avec les risques encourus. La question est davantage celle-ci : qu'est-ce qu'un rendement équilibré ? Par exemple, comment se comporte le rendement d'un patrimoine en actions par rapport aux taux d'intérêt que les clients doivent payer sur leurs crédits ? Nous aspirons à un équilibre entre un rendement financier sain et un impact positif sur la société et l'environnement. »

Que nous promet encore le futur du microcrédit ?

Marilou van Golstein Brouwers  : « Bon nombre de clients du microcrédit ont besoin d'un accès à l'énergie et au financement, ce qui doit mobiliser les IMC : je pense, par exemple, au financement d'énergies renouvelables ou de logements durables. Selon moi, le microcrédit, ayant atteint une phase de maturité, peut constituer une excellente plateforme pour le soutien d'initiatives en matière d'énergie durable. Les IMC sont à même de financer des installations au biogaz, de promouvoir et financer l'énergie solaire, en particulier pour des personnes établies dans des zones reculées non reliées au réseau électrique.

Réduction de la pauvreté, sécurité alimentaire et changement climatique : les défis mondiaux de ce siècle sont nombreux et interconnectés. Je perçois un certain nombre de tendances positives : il y a une prise de conscience croissante que nous n'avons qu'une seule planète pour vivre et que nous devons œuvrer de concert. Il est important que nous voyions la planète comme une responsabilité partagée. Sans cette implication, nous ne pourrons résoudre nos problèmes de durabilité. Nous considérons les banques et institutions de microcrédit dans lesquelles nous investissons au plan mondial comme un catalyseur rendant possible ce changement durable. »
 

Contact

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