Pour réduire nos émissions de CO2, on pense souvent aux secteurs de l’énergie, de l’agriculture, des transports ou encore des bâtiments. Mais les activités culturelles aussi sont des sources d’émissions : que ce soit pour les bâtiments, le chauffage, le transport des visiteurs et du matériel, l’hébergement numérique, la production de décors ou l’impression de livres. Le secteur culturel est, comme les autres secteurs, confronté à la tâche d’identifier et de réduire ses émissions de CO2.  En cela, il peut être un pionnier du changement. 

Conscients des enjeux, de nombreux professionnels entendent anticiper les changements plutôt que les subir. Pour que vive une culture vivace qui prenne toute sa place dans notre société changeante.

Un secteur essentiel à plusieurs niveaux

La Banque Triodos considère que les Arts et la Culture sont un puissant moteur du changement positif. Ils sont primordiaux car ils contribuent à la vie en société en reliant des idées et des personnes. Ils reflètent et encouragent les changements. Ils stimulent la créativité et l’innovation. Ils inspirent, éclairent ou améliorent le développement des individus et de la société dans son ensemble. Et à ce titre, ils sont essentiels au développement durable.

Sur le plan économique aussi, la culture pèse son poids :

En France, d’après l’étude menée par The Shift Project, les pratiques culturelles occupent près de trois heures de l’emploi du temps quotidien, et les ménages français y consacrent environ 4 % de leur budget.

En Europe, d’après une étude menée par Ernst & Young en 2014, la culture pèserait 536 milliards d’euros de revenus et représenterait 4,2% du PIB européen.

En Belgique, d’après une étude menée par Elisabetta Lazzaro (ULB) et Jean-Gilles Lowies (ULg), le secteur culturel représenterait environ 250.000 emplois et 5% du PIB du pays.

Vers la neutralité carbone 

Savez-vous que pour respecter les accords de Paris, nous ne devrions pas dépasser, individuellement, 2T de carbone par an, activités culturelles incluses ? Alors, quel est le poids de la culture dans cette empreinte carbone et comment le réduire tout en maintenant, voire en améliorant, la diversité culturelle et l’accès à la culture pour toutes et tous ?

Pendant un an et demi,  The Shift Project a mené une étude dans le secteur de la culture en France. Il en ressort que les émissions de CO2 du secteur proviennent principalement de 4 sources :   

  • Les transports : la culture et les loisirs sont la 3e cause de mobilité des Français
  • L’agriculture : l’alimentation est un poste important dans les événements culturels
  • Les bâtiments hébergeant les activités culturelles et leur performance en énergie
  • Le numérique : la majorité des contenus consommés en ligne sont dits culturels

Exemple

L’impact carbone de l’ensemble de l’exploitation des salles de cinéma française serait de 1,07 million de tonnes équivalent CO2 soit les émissions carbone de tous les habitants d’une ville comme Nancy. 
​​​Et ce sont les salles des mégacomplexes qui pèsent le plus lourd dans le bilan.

L’impact carbone estimé d’un film serait de 750 tonnes équivalent CO2.

Source : Rapport de l’étude « Décarbonons la culture »

En Belgique, la Fédération des Employeurs des Arts de la Scène (FEAS) a mené une réflexion sur l’impact du secteur et obtient des chiffres légèrement différents, mais arrive à des constats similaires à l’étude menée en France.

5  leviers d’actions

Dans son étude, The Shift identifie plusieurs leviers pour diminuer les émissions CO2 dans le secteur culturel et dresse une série de recommandations très concrètes pour les sous-secteurs du spectacle vivant, des arts visuels, de l’édition et des salles de cinéma.

  • Relocaliser les activités

    En relocalisant les activités au niveau du territoire, la culture peut à la fois avoir un effet indirect vertueux sur une économie en transition locale et réduire ses émissions de façon directe.  

    Dans le domaine du livre, en fonction des choix de l’éditeur, le nombre de kilomètres parcourus par un ouvrage entre le lieu de production du papier, l’imprimeur et le lieu de stockage peut être divisé par 20, voire davantage ! 
  • Ralentir

    La pandémie de covid nous y a familiarisé. Dans le domaine de la culture, cela passe par exemple par la mutualisation des déplacements, par l’allongement des séjours en un même endroit et la réduction des tournées au profit de recréation locales. 

    En arrêtant de prendre l’avion, le chorégraphe Jérôme Bel a inventé un nouveau mode de diffusion de ses œuvres. Cet artiste filme ses répétitions, puis transmet les fichiers vidéos à des metteurs en scènes d’autres continents qui recréent son œuvre avec des danseurs locaux et la font tourner sur leurs territoires en ayant recours aux moyens de transport les moins carbonés. 

     
  • Diminuer les échelles

    Le succès des événements culturels est souvent jugé à l’aune du nombre de spectateurs et la taille des jauges ne cesse d’augmenter, mais le bilan carbone, lui aussi, s’agrandit. C’est particulièrement vrai des grands festivals, des foires et biennales. C’est aussi le cas des expositions d’arts visuels qui doivent faire voyager des œuvres de grande dimension à travers le monde. Des évènements plus petits et locaux, des expositions dont les œuvres sont sélectionnées notamment en fonction de leur provenance et de leur taille, voilà des initiatives qui ne sacrifient rien en terme de qualité artistique mais qui émettent moins.
  • Ecoconcevoir

    Un exemple concret est celui de la rénovation éco-responsable du bâtiment du théâtre Le Rideau à Bruxelles.  A la genèse du projet, il y a d’abord un ancien moratoire qui interdit la construction, en Fédération Wallonie-Bruxelles de nouvelles infrastructures. Il faut s’intégrer dans l’existant. La plus importante économie d’énergie commence là. Ensuite, au cœur du projet, place à la créativité, au réemploi, à la récupération (pour les sièges des gradins, par exemple) et au choix des matériaux raisonnés et si possible d’origine européenne.
  • Renoncer

    Pour ne pas renoncer à la Culture, pourquoi ne pas aussi simplement renoncer à des pratiques dont l’impact est particulièrement élevé : des systèmes de sonorisation toujours plus puissants, des niveaux de qualité de streaming toujours plus élevés, la moquette sur les sols des expositions temporaires, etc. 

    Comme le rappelle
    Catherine Briard, Secrétaire Générale du Rideau, « il est essentiel d’être ancré sur un territoire et de développer des synergies, notamment avec les producteurs locaux. »  

Financer la décarbonation du secteur


Fait rare dans le secteur bancaire, la Banque Triodos, mesure chaque année depuis 2018 l’impact des divers secteurs qu’elle finance en termes d’émissions CO2. Selon son rapport 2021, le secteur ‘Arts et Culture’ représente 9,2% des émissions de carbone générées à travers les financements… alors que le secteur ne représente « que » 5,2% de son portefeuille crédits.  

Or, la Banque Triodos s’est fixée l’objectif de devenir neutre en carbone ou « net 0 » d’ici 2035 en agissant sur toute sa chaîne de valeur, c’est-à-dire autant au niveau de son fonctionnement interne – ce qui est déjà le cas – que des crédits octroyés et les investissements de ses fonds. 

Comment financer la culture et avancer ensemble pour réduire nos émissions ? Pour être réaliste, efficace et juste, nous voulons mener cette réflexion avec les acteurs du terrain. Pour en discuter, la Banque Triodos, associée à Prométhéa, a donc rassemblé des acteurs du secteur culturel ainsi que le Cabinet de la Ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour une après-midi d’échange le 22 juin 2022. Et ce n’est qu’un début.