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Des entrepreneurs à l’initiative du changement

Qu’est-ce qui peut donc bien motiver des hommes d’affaires qui ont réussi à changer radicalement de cap et à opter pour l’entrepreneuriat social ? Personnalités marquantes du monde des entreprises, Peter Leyman et Jan van den Nieuwenhuijzen ont fait le choix de donner une tournure particulière à leur carrière. Ils sont revenus sur les raisons à la base de leur décision lors du quatrième lunch organisé par la Banque Triodos pour les entrepreneurs et investisseurs sociaux.

Jan van den Nieuwenhuijzen

« Ma mission première consiste à me mettre au service de la société en procurant un emploi à un maximum de personnes », explique d’emblée Peter Leyman. Après une carrière qui l’a vu être managing director de Volvo, CEO de Vergokan et managing director de VOKA (le réseau d’entreprises flamand), il occupe depuis 2013 la fonction de directeur général de Ryhove, un atelier protégé gantois.  « Chez Volvo déjà, j’accordais beaucoup d’importance à l’emploi. Dans ma fonction actuelle, le principal objectif consiste à favoriser l’intégration professionnelle de personnes présentant ce qu’on appelle un handicap à l’emploi. C’est bien simple : chez Ryhove, l’humain prime sur le capital. Alors qu’une entreprise dite classique cherchera des personnes adaptées au travail disponible, nous cherchons du travail pour les personnes qui font appel à nous. Le but est de maximiser non pas les profits, mais bien l’emploi. »

  Peter Leyman-FR

"Ma mission première consiste à me mettre au service de la société en procurant un emploi à un maximum de personnes."

L’importance des valeurs

Pendant de nombreuses années, Jan van den Nieuwenhuijzen a été à la tête du secrétariat social SD Worx. Aujourd’hui, il remplit la fonction de senior executive chez I-propeller, un bureau de consultance dont la mission consiste à aider des entreprises à commercialiser des services adaptés aux défis sociétaux, sociaux et écologiques actuels. « I-propeller veut avoir un véritable impact social. Répondre de manière active aux besoins et défis de notre époque, c’est passionnant, mais c’est aussi une nécessité », confie Jan van den Nieuwenhuijzen. Pour lui aussi, profit ne rime pas uniquement avec financier . Les valeurs d’un entrepreneur, d’une entreprise ont également un rôle important. « À mes yeux, l’intégrité, la compréhension, le respect d’autrui et de l’environnement constituent des valeurs tout bonnement essentielles. Avoir des valeurs est primordial en tant que personne mais aussi en tant qu’entreprise. Certes, il faut parfois des règles. Mais plus vos valeurs sont fortes, plus elles suscitent l’intérêt et l’implication des collaborateurs et moins vous avez besoin de règles. En réalité, ces valeurs influencent vos relations avec vos clients, vos fournisseurs et vos collègues. Si vous ne vous préoccupez que du rendement de votre action aujourd’hui et pas de la plus-value que votre entreprise créera à long terme, cela signifie que votre société – au sens global – ne tourne pas tout à fait rond. »

Lunchsessie Peter Leyman Jan van den Nieuwenhuijzen

Des défis à relever

Si le nombre d’entreprises sociales est en plein boom, celles-ci font néanmoins face, comme leurs équivalents plus classiques, à différents défis. « Nous souhaitons élargir notre champ d’action à l’avenir, mais les clients sont de plus en plus exigeants et nous ressentons la concurrence des pays à bas salaires et des établissements pénitentiaires dont l’approche est toujours plus professionnelle », témoigne Peter Leyman. En termes d’aides publiques également, de nombreux changements se profilent à l’horizon. Ainsi, un décret flamand relatif au travail sur mesure a récemment été voté : il crée un cadre dans lequel l’atelier ne sera plus financé, mais où le collaborateur vulnérable bénéficiera quant à lui de toute une série de subventions, et ce peu importe son lieu de travail. L’objectif est clair : gommer la distinction entre économie sociale et économie régulière. Peter Leyman approuve le principe. Mais il n’est pas traduit comme il se doit dans les arrêtés d’exécution du décret. Pour Ryhove, le principe cache aussi un défi. « Pour pouvoir rester concurrentiels, nous devons faire preuve de créativité. Nous devons nous transformer. À titre d’exemple, nous examinons pour l’heure les opportunités que le secteur du recyclage peut nous offrir, ainsi que la façon dont nous pouvons accroître notre flexibilité à l’égard des entreprises où nous allons travailler. »