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Pérenniser le financement des soins passera par un système d’assurance

Entretien avec Marc Verbruggen

Marc Verbruggen est président de Femarbel (Fédération belge des maisons de repos privées). Il est par ailleurs patron des entreprises générales de construction Verbruggen (Drogenbos) et administrateur délégué d’Orpea Belgium. Cette dernière est leader européen de la ‘prise en charge de la dépendance’ _ entendez le secteur des maisons de retraite, cliniques de moyen séjour et de psychiatrie. Et la Belgique est son deuxième marché avec 41 établissements en gestion (5.204 lits) et un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros (2013).

Pour Marc Verbruggen, le secteur des maisons de repos et de soins est actuellement à un tournant stratégique. La négociation de ce dernier dépendra de la saine et indispensable concertation entre acteurs publics et privés dans chaque région du pays.

Comment envisagez-vous l’avenir des soins de santé ?

« Comme je l’ai déjà dit, le secteur des soins de santé doit s’attendre à un véritable ‘Tsunami social’, toujours d’actualité vu l’écart croissant entre les besoins programmés et les infrastructures et budgets disponibles. Sur les dix dernières années, on a construit en Belgique une moyenne annuelle d’environ un millier de nouveaux lits adaptés aux personnes âgées. Mais selon les différentes études récentes réalisées, les besoins sont évalués à dix fois plus sur base annuelle. A tel point que le besoin d’investissement sectoriel qui en résulte est chiffré entre 600 et 800 millions d’euros indexés par an. Les récentes élections régionales et la communautarisation du dossier, effective depuis le 1er juillet dernier, n’ont pas simplifié les choses, même si cette régionalisation est une opportunité pour créer un modèle davantage adapté aux besoins locaux. »

Opportunité dans quel sens ?

« La réforme structurelle en cours doit assurer une réponse globale au vieillissement de la population en garantissant le maintien d’une qualité de la prise en charge et des infrastructures des maisons de repos. Elle doit pérenniser le financement des soins ainsi que l’accessibilité du plus grand nombre. A terme, il faut penser à des solutions alternatives pour financer le coût exponentiel des soins de santé adaptés pour les personnes âgées. Face à l’évolution - irréversible - de la pyramide des âges, toutes les sociétés européennes devront trouver rapidement un nouveau modèle économique. La volonté politique est d’aller vers des soins à domicile, plus légers en investissements et proches du noyau familial. Pour avoir une saine gestion en résidence, les nouvelles résidences de soin devront avoir une taille de 80 à 120 lits et disposer d’un ratio au lit de 0.42 ‘équivalent temps plein’ (ETP) qualifié. »

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« Le secteur des soins de santé doit s’attendre à un véritable ‘Tsunami social’, toujours d’actualité vu l’écart croissant entre les besoins programmés et les infrastructures et budgets disponibles. »

Quel est selon vous l’outil de financement qui convient le mieux pour l’immobilier de santé du futur ?

« Dans certains pays, comme Israël ou Singapour, ce financement est assuré à 95% par des systèmes d’assurances. Et il faudra sans doute que nous pensions, ici également, à un système d’assurance-dépendance obligatoire, cadré et défiscalisé par les autorités : si les citoyens cotisent pour amortir les coûts, ce sera tout bénéfice pour la collectivité qui, de toute façon, devra mettre en place les solutions pour faire face aux besoins exponentiels qui s’annoncent. En Flandre, un embryon de solution est né avec l’assurance-dépendance, davantage centrée sur la personne pour anticiper ses besoins lors du vieillissement. Il faudrait également que nos politiques réfléchissent à toute une série d’incitants fiscaux pour ceux qui investissent dans le social, comme cela s’est passé en France (LMP) au lendemain de la catastrophe provoquant il y a quelques années 10.000 décès de personnes âgées lors de la canicule. Mais attention surtout à bien ‘monter’ le projet au-delà de l’avantage fiscal : l’importance de la qualité de l’opérateur de soins est primordiale dans pareille démarche subsidiée. Sinon, on attire davantage les opportunistes que les partenaires privés fiables et pérennes dont le secteur public a cruellement besoin… »

Justement, la concentration – tant nationale qu’internationale - des acteurs professionnels dans le secteur des maisons de repos est-il un bien pour améliorer la qualité des infrastructures et des services ?

« Je pense que la consolidation qui a eu lieu ces dernières années et qui a fait disparaître les plus petites structures, tant les propriétaires de murs que les fournisseurs de soins, était un mal nécessaire pour professionnaliser le secteur et le rendre pérenne financièrement. Cette consolidation est d’ailleurs toujours en cours. A titre d’exemple, Orpea, pour ne citer que lui, est aujourd’hui présent dans pas moins de cinq pays et compte près de 40.000 lits répartis dans 430 établissements, dont la moitié en propriété propre. Les Sicafis sont également de plus en plus présentes sur ce segment porteur de rendement : Aedifica compte plus de la moitié de ses actifs dans les maisons de repos ; Cofinimmo envisage elle aussi de faire encore monter la part de ce type d’asset dans son patrimoine immobilier. L’an dernier, elle comptait 126 maisons de repos en portefeuille, pour une superficie totale de 611.947m² hors sol et une valorisation de 1,14 milliard d’euros. »