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Comment Triodos Research dialogue avec les entreprises

29-05-2015 | L’Univers d’investissement Triodos se compose d’entreprises cotées en Bourse. Des entreprises qui affichent de meilleures performances que la moyenne de leurs pairs en matière de durabilité au sein de leur secteur d’activités et qui répondent, en outre, aux exigences minimales de la Banque Triodos. Cette analyse est effectuée par Triodos Research. Un dialogue est ensuite engagé avec les entreprises concernées au sujet des résultats. Rosl Veltmeijer, directrice de Triodos Research, nous explique quelles évolutions ce travail d’analyse et les discussions nouées avec les entreprises ont entraîné en 2014. « Je suis particulièrement fière des changements de comportement que nos questions ont suscités », dit-elle.

Quels sont pour vous les faits marquants de votre politique en 2014 ?

Rosl Veltmeijer : « Nous avons approfondi notre politique de dialogue durant l’année écoulée. Autrement dit, nous avons dialogué de manière plus intensive avec un nombre plus restreint d’entreprises. En 2014, plus de 80% de nos questions ont trouvé réponse. Nous nous sommes efforcés de poser des questions ciblées, de la manière la plus efficace possible, en veillant à éviter les questions trop communes. Les entreprises se plaignent régulièrement du fait qu’elles reçoivent de multiples questionnaires, parmi lesquels elles opèrent une sélection. En ne posant que des questions très pertinentes, nous augmentons nos chances d’obtenir des réponses. À partir de cette année, nous souhaitons, par ailleurs, améliorer l’évaluation des actions décidées par les entreprises à la suite du feedback que nous leur donnons. Quel changement de comportement est induit par nos questions ? Et quel est l’impact de celui-ci sur la société ? A titre d’exemple, un téléphone fabriqué sans minéraux de conflit peut-il faire une différence sur le terrain, notamment en nombre de victimes des conflits locaux ? »

Pourriez-vous citer quelques exemples d’entreprises qui ont suivi vos recommandations ?

« Un exemple intéressant est le fabricant de verres de lunettes Essilor. Cette entreprise avait été exclue de l’Univers d’investissement Triodos en raison de sa politique insuffisante en matière d’expérimentations animales. Quelques mois plus tard, elle est revenue vers nous avec une nouvelle politique répondant entièrement à nos exigences. Elle l’a fait de sa propre initiative, ce qui est très positif. Un autre exemple que l’on peut citer est Amazon, qui a cessé tout commerce d’armes et de pièces servant à leur fabrication. Via la plateforme Principes pour l’Investissement Responsable des Nations Unies (UNPRI), Triodos Research a approché l’entreprise, ensemble avec d’autres investisseurs. De plus en plus fréquemment, les investisseurs institutionnels agissent de concert. Et, dans ce contexte, l’UNPRI est particulièrement importante : sur son site web se trouve l’ensemble des pétitions qu’il est possible de soutenir. Ceci nous permet d’approcher collectivement les entreprises et, parfois aussi, le monde politique. »

En 2014, la pénurie en eau a été ajoutée à vos exigences minimales. Pourquoi est-ce devenu un thème important ?

« La pénurie en eau douce devient, de manière générale, une problématique plus aiguë, mais avec de grandes disparités régionales. Les entreprises ont une importante responsabilité vis-à-vis des populations locales afin de leur garantir l’accès à une eau potable de qualité. En outre, la production  pourrait être mise à l’arrêt lorsque la disponibilité en eau potable fait défaut. Les entreprises peuvent structurer leurs procédés de production de manière à consommer le moins d’eau possible. Aux Pays-Bas, Interface a mis en place un circuit d’eau fermé, qui permet de réutiliser la même eau en continu et ne nécessite dès lors plus d’apport extérieur en eau. Akzo Nobel est un autre bel exemple : son objectif est d’introduire un système durable de gestion de l’eau dans l’ensemble de ses usines pour la fin 2015. »

Les organismes génétiquement modifiés (OGM), notamment dans les cultures vivrières, ont également constitué un sujet important d’analyse durant l’année écoulée. La Banque Triodos, dans ses exigences minimales, exclut tout recours aux OGM et exige des entreprises qu’elles en limitent l’usage et agissent de manière transparente. Quelle en est la raison ?

« Le danger des OGM est lié à la manière dont ils sont utilisés. Ils servent, par exemple, à cultiver des plantes résistantes aux herbicides. En conséquence de quoi, l’usage de ceux-ci augmente et seule la variété résistante survit. Les conséquences de cette politique sur la biodiversité et la santé sont extrêmement mauvaises.
Nous voulons que les entreprises communiquent de manière claire sur leur recours aux OGM et donnent ainsi aux consommateurs l’opportunité d’opter pour des produits sans OGM. En Europe, l’étiquetage concernant les OGM est obligatoire, mais ce n’est pas le cas dans d’autres parties du monde et les entreprises se montrent réticentes à communiquer sur ce sujet. C’est pourquoi le distributeur Ahold n’est plus éligible pour les portefeuilles d’investissement de nos clients : environ 60% de son chiffre d’affaires sont générés par ses activités de distribution aux États-Unis, où les cultures d’OGM font l’objet d’une large acceptation. Bien que l’entreprise planche actuellement sur une nouvelle politique au sujet des OGM, elle refuse de prévoir un étiquetage spécifique pour les produits avec OGM et d’offrir aux consommateurs une alternative sans OGM pour chacun des produits qui en contient. »

À quoi Triodos Research accordera-t-elle une attention particulière en 2015 ?

« À la fin 2014, nous avons été très actifs en ce qui concerne le bien-être animal. Nous avons dialogué à ce sujet avec l’ensemble des enseignes de la grande distribution et des chaînes hôtelières et de restauration faisant partie de l’Univers d’investissement Triodos. Sur la base des informations recueillies, nous élaborons actuellement des bonnes pratiques. Notre intention est de les utiliser pour approfondir le dialogue avec les entreprises concernées en leur suggérant des améliorations concrètes. S’il est possible, lors de ces discussions, de se référer à d’autres entreprises du secteur qui ont pris des mesures, cela peut se révéler fructueux. On entend souvent dire que des mesures sont impossibles à mettre en place. Grâce à nos suggestions, nous espérons encourager les entreprises à améliorer le bien-être des animaux d’élevage. De manière générale, nous allons poursuivre le dialogue avec les entreprises sur cette question tout au long de l’année 2015. Si nous constatons que les progrès sont insuffisants, alors, les entreprises concernées courent le risque de ne plus être admises dans l’Univers d’investissement Triodos. »