Plusieurs chaises roulantes, sagement garées dans le parking souterrain, rongent leur frein en attendant de partir en balade. Dans cette vaste construction en briques rouges située en plein cœur de Louvain-la-Neuve vivent huit adultes présentant de naissance une infirmité motrice d’origine cérébrale (IMC). Selon l’importance du handicap, celui-ci se traduit par une discordance des mouvements et une marche instable ou peut aller jusqu’à la paralysie des quatre membres. Certaines personnes présentent des troubles associés au niveau de la parole, de la vue et/ou de l’audition.

Créer un cadre de vie stimulant

L’ASBL Côte-à-Côte est née en 2005 de la volonté de plusieurs parents de permettre à leurs enfants diagnostiqués IMC de développer leur propre projet de vie une fois devenus adultes, tout en bénéficiant d’un accompagnement quotidien pour les besoins de base (soins, habillement, repas) et pour répondre aux attentes de chacun sur le plan social ou professionnel. « Les centres résidentiels pour personnes IMC sont peu nombreux en Wallonie et il s’agit généralement de grosses institutions avec un mode de fonctionnement standardisé au niveau des activités, des horaires, etc. Nous souhaitions créer un lieu de vie propice aux échanges humains et favorisant l’autonomie au sens large », commente Marc Buckens, cofondateur et trésorier de l’ASBL. Les structures les plus proches de Côte-à-Côte sont les AVJ (Aide à la Vie Journalière), mais celles-ci se concentrent sur la vie à l’intérieur du logement et ne permettent pas de rompre l’isolement de la personne handicapée, deux écueils que le projet Côte-à-Côte souhaitait à tout prix éviter.

Nous souhaitions créer un lieu de vie propice aux échanges humains et favorisant l’autonomie au sens large.
Marc Buckens, cofondateur et trésorier de l’ASBL Côte-à-Côte

Entre la création de l’association et l’installation des premiers occupants, neuf longues années se sont toutefois écoulées. Pour mener à bien cet ambitieux projet, les trois fondateurs ont, en effet, dû lever plus d’un million d’euros par le biais du mécénat (52%), d’avances sur loyers (17%) et de crédits (31%). L’un a été accordé par la Banque Triodos ; l’autre par la Fondation Marguerite-Marie Delacroix. « L’AViQ (organisme en charge de l’accompagnement des personnes avec un handicap en Wallonie, ndlr) applique un moratoire sur le financement des constructions neuves pour les personnes porteuses d’un handicap. Nous n’avons donc reçu aucun subside pour le lancement du projet. C’est seulement en mai 2016 que Côte-à-Côte a été reconnue par l’AViQ comme Service de Logement Supervisé et qu’elle a pu bénéficier de subsides de fonctionnement. Cela nous a permis de recruter deux étudiant(e)s jobistes qui fournissent une aide aux résidents durant les week-ends », indique Marc Buckens.

Favoriser l’inclusion entre valides et moins valides

Cinq personnes avec un handicap lourd disposent d’une chambre adaptée au premier étage de la maison. Trois autres, ayant une autonomie plus importante, habitent à l’étage supérieur dans des flats supervisés. Dans ce projet, la solidarité et l’entraide agissent comme des moteurs. Aux côtés des locataires IMC vivent trois étudiant(e)s et deux accompagnantes professionnelles avec leurs familles. Trois personnes résidant à l’extérieur de la maison complètent l’encadrement. En contrepartie d’un loyer inférieur aux prix du marché, les étudiant(e)s hébergé(e)s ont la responsabilité d’un repas communautaire par semaine, préparé en symbiose avec les autres habitants. Mais souvent, ils s’impliquent bien davantage, participant à des sorties ou à d’autres activités intra muros. « L’accompagnement se fait naturellement, tant du côté des étudiant(e)s que de l’équipe d’encadrement. La maison est aussi ouverte sur l’extérieur : des cours de yoga, par exemple, se donnent dans l’une de nos salles. Cette dimension inclusive est très importante pour nous », explique Emmanuelle Dedriche, la coordinatrice de Côte-à-Côte.

Le choix de la construction passive

L’autre choix important au niveau de l’habitat est celui de la construction passive. Équipé d’un système de ventilation à haut rendement qui permet un renouvellement continu d’air frais ainsi que de protections solaires extérieures, bien utiles pour se protéger des pics de température estivaux, le bâtiment présente un très haut niveau d’isolation thermique. Il dispose, en outre, de panneaux solaires et d’une pompe à chaleur pour l’alimentation en eau chaude. Sa localisation dans un centre urbain piétonnier a, elle aussi, été mûrement réfléchie. Elle facilite grandement les déplacements des personnes à mobilité réduite, leur donnant accès à toutes les infrastructures utiles et de loisirs. « Je pense que Côte-à-Côte offre une réponse adaptée aux besoins des personnes IMC et on ne peut que regretter que peu d’initiatives de ce type se concrétisent », conclut Marc Buckens.

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Photos : Emmanuelle Dedriche et Henri Weydrich