Le changement est déjà visible pour celles et ceux qui veulent bien le voir : les gens s’interrogent moins sur la voie à suivre mais davantage sur comment atteindre l’objectif ? C’est ce que m’ont appris mes années à la tête de la Banque Triodos. Ces années ont été très formatrices pour moi, tant sur le plan professionnel que personnel. J’ai vu le changement, j’y ai contribué et j’en ai tiré des enseignements. Le travail est loin d’être terminé. Les principaux enjeux restent à affronter. En voici quatre.
1. De plus en plus de gens commencent à réaliser qu’il y a un monde de différence entre une banque qui utilise leur argent pour financer les énergies fossiles ou une autre qui soutient les énergies renouvelables. Et parallèlement à la demande, l’offre en produits financiers durables a également augmenté. Une récente étude menée par la Banque Triodos a révélé que 63% des Belges tiennent compte de la durabilité dans leurs choix financiers. Pourtant, ils et elles ne sont que 19% à savoir précisément ce que leur banque fait de leur argent. C’est là que le bât blesse : pour poser des choix responsables, il convient de savoir ce qu’il advient de son argent.
2. Les responsables politiques en ont pris bonne note, de sorte qu’une nouvelle réglementation a été mise en place pour obliger les banques à être très transparentes quant aux conséquences de leurs choix. C’est un pas dans la bonne direction, mais il y a encore beaucoup de pain sur la planche. Aujourd’hui, à peine 2% de l’épargne belge sont placés sur des comptes durables. Ce pourcentage serait bien plus élevé si davantage de personnes savaient quelle part de leur argent est investie, par exemple, dans l’industrie de l’armement.
3. La seule certitude, c’est l’incertitude. Au cours des dix dernières années, nous avons dû faire face au COVID-19, à des taux d’intérêt négatifs, à un nombre record de conflits armés, à une pression croissante sur les institutions démocratiques et à des épisodes météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents. Les marchés y ont réagi, ou sont au contraire restés immobiles. Pendant cette période, je me suis souvent demandé si l’accent clairement mis par Triodos sur l’impact rendait notre banque plus vulnérable ou, au contraire, plus forte. Rétrospectivement, je suis de plus en plus convaincu que cela nous a justement rendus plus forts.
4. Chaque année, la nécessité d’une finance plus durable se fait de plus en plus pressanteet la canicule de l’été dernier en est la preuve la plus récente. Les solutions existent et sont finançables. Citons pour exemple notre participation au financement du projet Green Turtle à Dilsen-Stokkem, le plus grand parc de batteries de Belgique, capable de couvrir les besoins en électricité d’environ 300.000 foyers. De tels projets montrent ce que l’argent peut accomplir lorsqu’on l’utilise de façon responsable.
Toutes ces avancées ne seraient pas possibles sans des personnes comme vous. J’ai notamment rencontré de nombreuses associations et entreprises animées par des gens passionnés qui font la différence. De nombreux clients et clientes qui, comme vous, font des choix engagés et responsables.
« Faire ce qui est juste, et le faire maintenant ! » C’est ce qu’avait répondu Paul Mackay, un des fondateurs de la Banque Triodos, à qui on avait demandé quelle était selon lui la mission de Triodos. Onze ans plus tard, c’est toujours ce principe qui me guide. Je poursuivrai dans cette voie, avec toute la complexité, les incertitudes et les questions que cela implique. Et j’espère que vous aussi, vous garderez votre engagement à continuer ce qu’ensemble, nous rendons possible.

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