La Banque Triodos finance uniquement des entreprises engagées pour un monde meilleur. Chaque investissement potentiel est analysé avec soin. Nos normes minimales fixent des règles claires d’exclusion, par exemple pour le bien-être animal, les droits humains, la pollution ou la déforestation. Roos Walstock, chercheuse en développement durable, précise : « Si une entreprise ne respecte pas une ou plusieurs de nos normes minimales, nous ne travaillons pas avec elle, même si le reste de son profil est inspirant. » Mais comment appliquer ces règles dans la pratique ? Trois membres de l’équipe de recherche racontent un dilemme.
1. Face à l’intensification des tensions géopolitiques au niveau mondial, faut-il investir dans l’armement et la défense ?

Roos Walstock : « Les tensions géopolitiques augmentent, comme les appels à une Europe indépendante et plus résiliente. Nous comprenons que la défense est nécessaire, mais nous choisissons de ne pas investir dans ce secteur et invitons d’autres institutions financières (telles que les banques et les assurances, NdlR) à faire de même.
D’abord, d’un point de vue éthique, nous refusons d’investir dans la fabrication d’armes, car c’est un choix très ambigu. Investir dans l’armement implique que la paix devient un mauvais scénario financier. Cela crée un attrait pour des activités qui profitent des malheurs liés à la guerre, alors que la défense doit servir la société, pas enrichir des investisseurs. Pour nous, financer la défense est une responsabilité des pouvoirs publics.
Ensuite, la corruption et le manque de transparence sont des problèmes récurrents dans ce secteur. Pots-de-vin, armes détournées vers des régimes ou groupes douteux, organisations criminelles... Autant de raisons pour lesquelles les institutions financières devraient s’en abstenir.
Elles peuvent agir autrement pour une Europe plus sûre. La sécurité et l’autonomie concernent aussi les infrastructures, le numérique, ou encore l’énergie et les matières premières. Plus nous produirons localement une énergie propre et plus nous avancerons vers l’économie circulaire, moins nous dépendrons des aléas géopolitiques. C’est ici que les institutions financières ont un rôle à jouer. ».
2. Faut-il exclure les entreprises qui utilisent du plastique neuf ou faire des exceptions ?

Matija Kajić : « La pollution plastique est un problème mondial. Chaque jour, l’équivalent de 2.000 camions-poubelles de plastique finit dans les océans et les rivières, ce qui nuit à la nature, à la biodiversité et à notre santé.
Triodos considère la production de plastique neuf (aussi appelé plastique vierge, NdlR) comme un problème majeur. Pourtant, nous n’excluons pas systématiquement les entreprises qui en utilisent. Deux raisons à cela : d’abord, dans certains cas essentiels, il n’existe pas encore d’alternative durable, par exemple pour les cathéters ou les fils de suture médicaux. Ensuite, il n’est pas réaliste de demander aux entreprises d’arrêter complètement le plastique neuf du jour au lendemain.
En revanche, nous exigeons deux engagements de la part des entreprises dans lesquelles nous investissons : surveiller leur empreinte plastique et en rendre compte de façon transparente, et réduire cette empreinte, par exemple en utilisant d’autres matériaux, en réduisant les plastiques à usage unique et en améliorant le recyclage. Avec ces critères dans nos normes minimales, nous encourageons l’innovation et soutenons le passage à des matériaux plus durables dès qu’ils sont disponibles. »
3. Devons-nous investir dans des élevages de poulpes, alors que les écosystèmes marins sont sous pression ?

Pjotr Tjallema : « Triodos croit en la dignité animale. Même si nous ne pouvons pas toujours garantir qu’un animal est heureux, nous devons faire en sorte qu’il souffre le moins possible, voire pas du tout.
Prenons l’exemple des élevages de poulpes. Ils n’existent pas encore, mais on envisage d’en créer, notamment aux Canaries. Cette idée vient d’une demande croissante, qui menace les populations sauvages de poulpes, surtout en Mauritanie. Si la surpêche est un réel problème, nous ne pensons pas que l’élevage soit la solution.
D’abord, ces élevages pourraient en réalité augmenter la pêche sauvage au lieu de la réduire. Au début, ils répondraient à la demande existante. Mais ensuite, le marketing pourrait créer encore plus de demande. Au final, cela risquerait d’augmenter la pression sur les poulpes sauvages.
Mais surtout, les poulpes sont des animaux intelligents, solitaires et parfois agressifs. Selon les scientifiques, ils sont les seuls invertébrés dotés de conscience. Ils ressentent des émotions, la douleur, et peuvent résoudre des problèmes. Les élevages les forceraient à vivre proches les uns des autres, dans des conditions qui ne respectent pas leur bien-être. C’est pourquoi nous ne finançons pas les élevages de poulpes. »

Merci pour votre commentaire!
Confirmez votre commentaire et cliquant sur le lien que vous avez reçu par e-mail