Une agriculture qui s’inspire des écosystèmes 

Raphaël Loubert, responsable du projet Cultiver demain chez GoodPlanet Belgium

L’agroécologie est une façon de voir l’agriculture dans son ensemble, en s’appuyant sur les écosystèmes pour la rendre à la fois plus durable et plus respectueuse de l’environnement. Raphaël, le responsable du projet Cultiver Demain , explique comment cela fonctionne concrètement : « Il y a un exemple que j’aime bien utiliser. », explique Raphaël, le responsable du projet Cultiver Demain. « Prenons une exploitation qui possède des vaches. La matière organique qu’elles produisent est utilisée pour fertiliser les champs, qui ont alors un meilleur rendement. Les cultures servent ensuite de base à leur alimentation. Chaque action en agroécologie est pensée pour nourrir un processus vertueux, qui peut tourner à l’infini. » 

En misant sur les écosystèmes, l’agroécologie va chercher ses solutions directement dans la nature. Cela permet de limiter au maximum l’usage de produits chimiques. « L’agroécologie nous apprend à chercher les solutions déjà présentes dans la nature. Par exemple, en installant des perches dans les champs, on attire certains rapaces qui aident à lutter contre les nuisibles. », poursuit Raphaël. L’agroécologie favorise la biodiversité, améliore la santé des sols et rend les écosystèmes plus résistants aux pressions climatiques et environnementales. « Cette approche apporte non seulement des avantages écologiques, mais aussi sociaux et économiques. », conclut-il. 

Une formation indispensable  

Aujourd’hui, le secteur agricole doit faire face à trois grands défis : d’abord, le vieillissement des agriculteurs et agricultrices, combiné à un manque de relève qui menace la pérennité du secteur tout entier. Ensuite, il y a la multiplication des pressions, qu’elles soient climatiques, financières ou liées à la production. Enfin, l’enseignement agricole reste largement centré sur les méthodes conventionnelles, alors qu’il n’est plus, selon GoodPlanet, en phase avec les enjeux environnementaux actuels et futurs. C’est à partir de ce constat que GoodPlanet et House of Agroecology ont imaginé Cultiver Demain, une formation pensée spécialement pour les jeunes des filières agricoles et horticoles. « Avant la formation, je n’avais jamais entendu parler d’agroécologie. Sans ça, je serais complètement passée à côté. », confie Jennifer, étudiante en section horticole à l’IPES Tournai. 

Le cycle de formation s’étend sur deux ans et se déroule en quatre étapes clés : une visite de terrain chez un agriculteur ou une agricultrice en agroécologie, un atelier pratique pour mettre en œuvre ce que les élèves ont observé, un stage au sein d’une exploitation partenaire, puis un atelier de retour d’expérience où chacun peut partager ce qu’il a appris.  

« Les élèves sont souvent assez sceptiques au début, mais au fil des étapes, ils deviennent de plus en plus enthousiastes. Ils réalisent que l’agroécologie n’est finalement pas si différente de ce qu’ils connaissent déjà. C’est juste une approche cohérente et durable de l’agriculture. », se réjouit Raphaël. La visite de terrain, rendue possible grâce au réseau de House of Agroecology, joue un rôle central. En échangeant avec des agriculteurs et agricultrices qui vivent déjà de l’agroécologie, les élèves acquièrent une vision réaliste de la pratique et voient disparaître certains préjugés tenaces.  

« Beaucoup d’élèves pensent que l’agroécologie rapporte moins que l’agriculture conventionnelle. », explique Raphaël. « C’est vrai. Mais une exploitation agroécologique dépense aussi beaucoup moins d’argent qu’une exploitation conventionnelle. Finalement, cet obstacle n’en est pas vraiment un. »

Un projet accueilli avec enthousiasme 

Au bord du terrain où elle travaille avec ses camarades, Jennifer partage son expérience : « Ici, c’est la parcelle dédiée à l’agriculture bio. Chacun de nous a reçu sa propre planche à cultiver, uniquement avec des outils traditionnels, sans aucune machine ni produits phytosanitaires. On fait tout à la main, même le désherbage. C’est plus lent mais beaucoup plus respectueux du sol et de la biodiversité. » 

Un jour, lors d’un stage sur une exploitation bio, Jennifer a eu une révélation. On lui a présenté deux paniers de légumes : l’un venait d’une agriculture conventionnelle, l’autre de l’agriculture bio. Cette comparaison l’a frappée. « Les légumes étaient vraiment différents. », raconte-t-elle. « Ceux issus de la culture bio étaient bien plus beaux et avaient meilleur goût. C’est pareil pour le sol : sur la ferme bio, la terre était riche, pleine de vers de terre, qui sont essentiels pour aérer et alléger le sol. » 

Après son stage, l’étudiante a décidé de se former davantage à l’agriculture bio. Raphaël constate : « En général, quand on commence un cycle de formation, environ deux élèves sur 15 croient en l’agroécologie. Nous avons fini le parcours de formation avec une école. Le constat est encourageant : le tiers de la classe était convaincu. »

Et l’enthousiasme ne s’arrête pas aux élèves. Les professeurs soutiennent également le projet, qui jette une nouvelle lumière sur le maraichage, une branche de l'horticulture qui attire moins les jeunes. Grâce à Cultiver demain, les élèves découvrent un aspect plus durable de l’agriculture et envisagent un avenir meilleur, en lien direct avec la production de nourriture. « Cette formation est d’autant plus précieuse qu’il y a encore peu de personnes capables de transmettre ces nouvelles techniques plus respectueuses. », confie Laura Escudero, professeure à l’IPES. 

En plus de la formation destinée aux élèves, GoodPlanet développe des kits pédagogiques en collaboration avec les professeurs. Pour l’instant, ces outils sont créés sur mesure, selon les besoins des équipes enseignantes dans les écoles partenaires. Mais l’objectif est qu’ils soient ensuite accessibles gratuitement à toutes les écoles qui souhaitent les utiliser. 

 

Une vingtaine d’écoles partenaires 

Aujourd’hui, l’organisation travaille avec dix établissements : sept du côté francophone et trois du côté néerlandophone. Pour l’une de ces écoles, ce sont même les élèves qui ont pris l’initiative d’aller voir la direction pour demander à rejoindre le programme. Chaque année, pendant encore deux ans, cinq nouvelles écoles viendront élargir le réseau. « Notre projet a été accueilli encore mieux que ce que j’imaginais. », confie Raphaël. « Même les écoles très ancrées dans l’agriculture traditionnelle ont montré de l’intérêt, comme l’école de Gembloux, qui est une vraie référence dans le milieu. » 

Le projet commence aussi à faire parler de lui à l’étranger. Raphaël raconte : « J’ai présenté l’initiative à des partenaires en France et dans d’autres pays, et l’accueil a été incroyable. J’espère vraiment que le projet va essaimer un peu partout, parce qu’il peut être adapté facilement. » 

Jennifer, de son côté, ne tarit pas d’éloges : « Je recommande à tout le monde, élèves comme professeurs, de suivre la formation en agroécologie, au moins pour découvrir que ça existe. Je ne comprends pas ce qu’ils attendent ! Oui, ça demande un peu plus de temps, mais pour moi, c’est vraiment la meilleure méthode. »