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L’avenir des soins de santé: s’impliquer en aménageant

Le point de vue d’un chef d’entreprise du secteur des soins de santé

11-09-2015 | Pendant la Bourse Healthcare 2014, la Banque Triodos a organisé deux séminaires sur l’avenir des soins de santé et l’immobilier de santé. Johan De Muynck, PDG de l’entreprise de soins de santé anversoise Zorgbedrijf Antwerpen et un des principaux intervenants de cet événement, nous a présenté sa vision en qualité de chef d’entreprise du secteur des soins de santé. Et ce, en connaissance de cause. Des aménagements considérables sont à prévoir et, tant les prestataires de soins que les investisseurs dans l’immobilier de santé, peuvent s’impliquer dans cette tâche.

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Les soins de l’avenir résumés en dix thèses

Zorgbedrijf Antwerpen est non seulement une entreprise originale – c’est un acteur public géré comme une entreprise privée dont la ville d’Anvers constitue le seul actionnaire –, mais elle compte également parmi les principaux prestataires de soins de notre pays. À l’heure actuelle, l’entreprise de soins dispose de 2.800 lits dans des maisons de repos et de soins (MRS) réparties sur dix-huit sites, et elle peut également porter à son actif quelque 3.300 résidences-services et quarante-deux centres de services sociaux. Chaque jour, l’ensemble des établissements de soins s’occupe d’à peu près 16.000 clients. Johan de Muynck, PDG de Zorgbedrijf Antwerpen, présente – en dix thèses – son point de vue singulier sur l’avenir de l’offre en matière de soins de santé.

1. L’augmentation de l’offre va de pair avec l’importance accrue du secteur

À l’horizon 2050, 28 % de la population flamande sera âgée de plus de 65 ans. De ce fait, la demande de soins sera supérieure à l’offre. « Même si chacun d’entre nous fait de son mieux, nous ne pourrons pas aider tout le monde » prédit Johan de Muynck. Cela se répercute également sur le rôle du secteur des soins dans l’économie: « Du point de vue économique, les soins de santé deviennent un secteur majeur: forte capacité d’emploi, nombreux achats et volume d’investissements élevé. »

2. Une espérance de vie stationnaire crée de nouveaux centres d’intérêt

Plusieurs études montrent que l’espérance de vie est stationnaire. En effet, nous vivons plus longtemps en meilleure santé, ce qui raccourcit la période pénible au cours de laquelle les besoins en soins de santé sont majeurs. « Je ne pense pas que nous devions prévoir un nombre beaucoup plus élevé de places dans les maisons de repos et de soins » déclare Johan de Muynck. « Le recours aux soins à domicile sera bien plus fréquent. Les personnes âgées à mobilité réduite feront appel à des tiers plutôt que d’emménager dans une maison de repos et de soins. C’est pourquoi les investissements dans les soins à domicile sont en passe d’augmenter, et tant les banques que les investisseurs doivent s’adapter à cette situation. »

3. Nous avons toujours souhaité rester chez nous, et désormais c’est possible

Les gens ne veulent plus séjourner en maison de repos. Mais, d’après M. De Muynck, ce phénomène n’est pas nouveau. « Emménager dans une maison de repos marque la dernière étape de la vie. Il faut alors passer le flambeau. » Aussi assiste-t-on actuellement à l’émergence du marché non négligeable du logement adapté. Les principaux acteurs des soins de santé seront amenés à axer leurs prestations sur l’assurance des services de proximité et la disponibilité des soins. La profusion des résidences-services corrobore cette thèse.

4. L’évolution de l’offre de soins crée de nouvelles obligations – en matière de solutions globales et pour les intermédiaires

L’évolution de l’offre de soins sera bien plus marquée encore en termes d’activités. Des groupes de plus en plus importants verront le jour et proposeront un large éventail de services en matière de soins. Sébastien Berden, un des principaux intervenants, a également souligné cette évolution dans son exposé . En fait, la nouveauté réside dans l’émergence de courtiers en soins dont la tâche est de proposer des solutions personnalisées en fonction des besoins spécifiques. D’après Johan De Muynck, le rôle d’une infrastructure privée reste toutefois inchangé: « Celle-ci doit disposer d’actifs suffisants pour garantir ses activités inhérentes aux soins. Une faillite survenue du jour au lendemain serait dramatique pour les utilisateurs. » C’est pourquoi M. De Muynck pressent également que les autorités seront amenées à imposer aux entreprises de soins les mêmes obligations qu’aux organismes assureurs.

5. La technologie ne remplace pas les moyens humains, mais elle peut garantir une efficacité accrue lorsqu’elle est adéquate

Bien que la technologie soit une composante majeure, Johan De Muynck ne pense pas que celle-ci puisse réellement supplanter les moyens humains. « Vous ne pouvez pas, par exemple, confier la toilette d’une personne à une machine. Il ne s’agit pas uniquement de la toilette, mais du contact humain. » M. De Muynck entrevoit un rôle majeur pour les technologies susceptibles d’éviter des déplacements inutiles, comme une consultation médicale par l’intermédiaire d’une plate-forme en ligne.

Bourse Healthcare 2014 - Johan De Muynck

6. Nous devons apprendre à gérer les accidents

Les travailleurs du secteur de la santé sont soumis à une pression croissante dans le cadre de leurs prestations. Cela résulte en partie de notre société qui ne tolère tout simplement plus les accidents. M. De Muynck relativise la question et incite à faire la part des choses: « La chute d’une personne âgée constitue de facto un problème. Il va de soi qu’il faut éloigner les obstacles, mais cela n’empêchera pas pour autant les seniors de chuter. Lorsque nous finançons la construction de bâtiments, nous devons veiller à ne pas contribuer outre mesure à créer un sentiment de sécurité subjectif. »

7. La logistique et la mobilité sont propices aux économies

Johan De Muynck voit dans la logistique et la mobilité une source d’économies potentielles. « Pourquoi un patient doit-il systématiquement se rendre chez le médecin ? De nombreux problèmes peuvent être résolus par téléphone ou grâce aux nouvelles technologies. » Les prestataires de soins doivent également supporter le coût élevé des déplacements. « Tout trajet d’un infirmier d’un point A à un point B génère des frais élevés pour le secteur des soins de santé. Nous devrons nous pencher sur la manière de limiter ce coût, par exemple grâce à un système d’appel d’offres par zone géographique. »

8. La participation financière personnelle est de plus en plus élevée, mais nous nous adaptons

À l’heure actuelle, notre participation personnelle est en moyenne de 7 % en milieu hospitalier (c’est-à-dire le montant non couvert par une assurance hospitalisation). En ce qui concerne les soins familiaux, cette quote-part varie de 10 à 30 %, et elle atteint 50 % en maison de repos et de soins. En ce qui concerne les résidences-services, l’intéressé paie 100%. D’après M. De Muynck, c’est ce dernier marché qui est le plus prospère aujourd’hui. « Nous nous orientons vers des marchés dans lesquels notre participation financière personnelle ne cesse d’augmenter et nous nous y préparons » affirme le PDG.

9. En raison de la diminution du nombre de bénévoles, l’engagement social doit venir des entrepreneurs

« Il est souvent question de la socialisation des soins, mais je n’y crois pas » déclare M. De Muynck de manière assez surprenante. « Les gens n’ont pas de temps à consacrer au bénévolat. De nos jours, les gens prennent leur pension plus tard et ils s’occupent  de leurs petits-enfants ou se rendent utils dans le milieu associatif. » M. De Muynck croit certes à l’entrepreneuriat éthique et motivé par des valeurs. « Je trouve par exemple incorrect de vendre des titres-service à quelqu’un qui n’en a pas besoin ou de contribuer à vendre jusqu’à trois fois une seule et même résidence-services par émission de titres de créance. »

10. « Prendre soin des autres » (mais pas toujours soi-même) est une activité intemporelle

M. De Muynck est fermement convaincu que les gens prendront soin les uns des autres – dans le milieu familial mais aussi entre voisins. Pour autant, cela n’est pas toujours possible, notamment en cas d’éloignement important. Confier cette tâche à des tiers est alors une des solutions alternatives, conclut-il.