Partout dans le monde, les pouvoirs publics consacrent encore beaucoup d’argent à des activités qui nuisent à la nature et à la biodiversité. Il s’agit notamment de mesures qui rendent l’agriculture intensive, les combustibles fossiles — environ 15 milliards rien qu’en Belgique — ou d’autres activités polluantes plus attractifs. En comparaison, une somme dérisoire est consacrée à la protection et à la restauration de la nature. « C’est comme construire une maison tout en en détruisant les fondations », explique Hein Brekelmans, chargé de mission à la Banque Triodos.
La situation doit changer, car la biodiversité de notre planète est en mauvais état. Le changement climatique met de plus en plus d’écosystèmes et d’espèces animales et végétales sous pression. Plusieurs études prévoient que, même dans des scénarios climatiques relativement modérés, entre 3 et 6 millions d’espèces animales et végétales disparaîtront au cours des cinquante prochaines années.
Réformer le système des subventions

Il est donc temps d’agir. À cet égard, la conférence sur la biodiversité en Arménie pourrait être un moment décisif. Hein explique : « Lors de la quinzième conférence sur la biodiversité, en 2022, 196 pays ont signé le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal (GBF). Cet accord fixe 23 objectifs pour mettre fin à la perte de biodiversité et de nature et inverser la tendance afin de les restaurer. La conférence sur la biodiversité en Arménie permettra d’évaluer pour la première fois si nous sommes sur la bonne voie. Nous espérons aussi qu’elle donnera naissance à des actions et à des coalitions qui permettront d’accélérer les progrès. »
Pour Triodos, Hein se rend en Arménie afin d’organiser plusieurs événements, de participer à des tables rondes et, surtout, de partager notre vision. Il est accompagné de Jacco Minnaar, CCO, de Pjotr Tjallema, chercheur, et de Simon Scholl, spécialiste des solutions fondées sur la nature. « Avec une large coalition internationale réunissant plus de 130 entreprises et institutions financières, nous allons remettre un appel commun aux ministres. Le message principal est simple : il faut mettre fin aux subventions qui encouragent la destruction de la nature et, au contraire, récompenser sa protection et sa restauration. Il est temps d’orienter notre argent dans la bonne direction. »
Le rôle du secteur financier
Le secteur financier a un rôle essentiel à jouer dans la lutte contre la perte de biodiversité. Selon Hein, il est grand temps que les institutions financières assument aussi ce rôle. « Dans le secteur financier, on entend souvent dire : “Nous finançons ce que le marché nous demande.” C’est surtout une excuse facile pour continuer à investir dans des activités très rentables, mais nuisibles à la nature », affirme Hein. « Le secteur financier doit vraiment prendre ses responsabilités, changer lui-même et faire d’autres choix de manière proactive. »
Les banques et autres institutions financières peuvent agir de trois grandes manières pour lutter contre la perte de biodiversité. Hein explique : « Premièrement, elles doivent cesser de financer les activités qui contribuent au changement climatique et nuisent à la nature. C’est pourquoi Triodos applique des critères d’exclusion clairs, notamment dans les domaines du bien-être animal, des droits humains et de l'armement. Par exemple, nous n’accordons pas de prêts à l’industrie des combustibles fossiles. »
Ce dernier point est important dans la lutte contre la perte de biodiversité. À l’échelle mondiale, environ 73% des émissions de gaz à effet de serre proviennent de l’industrie fossile. De plus, les infrastructures qui y sont liées peuvent fragmenter ou détruire les habitats naturels. « J’entends parfois dire dans le secteur financier : “Si nous ne finançons pas ces activités, d’autres le feront.” C’est évidemment faux. Si chaque banque appliquait dès aujourd’hui les critères de Triodos, plus aucune plateforme pétrolière ne serait financée dès demain. Les pouvoirs publics peuvent également jouer un rôle décisif en adoptant des lois et des réglementations plus strictes sur ce que les banques peuvent ou ne peuvent pas financer, et en orientant les subventions dans la bonne direction. »
Financer la protection de la nature
En plus de limiter, voire d’éviter les dommages causés à la nature, les banques peuvent aussi contribuer à sa restauration. « Les solutions fondées sur la nature en sont un bon exemple », explique Hein. « Il s’agit de solutions qui utilisent la force de la nature pour répondre à des défis de société. On peut penser aux forêts nourricières, à l’agriculture favorable à la nature ou à la restauration des forêts et des zones humides. Triodos finance ce type de projets. »
« C’est précisément pour cette raison qu’il est si important que les pouvoirs publics réforment les subventions », poursuit-il. « Il faut cesser d’encourager financièrement la destruction de la nature et faire en sorte que sa protection et sa restauration soient récompensées. »
Coopérer et plaider pour changer le système
Enfin, les banques peuvent faire entendre leur voix, mettre en avant des évolutions encourageantes et plaider pour un changement du système. Hein explique : « La réforme des subventions et le financement sont des thèmes importants de cette conférence. Nous avons beaucoup à dire à ce sujet. C’est aussi pourquoi d’autres organisations nous ont invités à participer. Si vous voulez vraiment peser sur les résultats d’une COP, vous devez y être physiquement. »


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