Nous sommes aux confins d’un quartier animé et dense de Schaerbeek. On entre par une porte de garage, qui donne sur un long couloir sombre. Au bout, il y a la lumière d’une cour intérieure. On y découvre l’imposante arrière-maison au cachet industriel. Les étages inférieurs accueillent six ateliers d’artistes et d’artisans, qui ont rapidement trouvé preneurs. Un vieil escalier tordu, récupéré dans la ruine de l’ancienne fabrique, nous conduit ensuite dans le spacieux appartement habité par le couple et leur fils Nelson (3 ans).

Si l’espace intérieur impressionne par ses dimensions, le spectacle est aussi à l’extérieur. À l’arrière, une vue insoupçonnée s’ouvre sur les voies ferrées bordées de friches verdoyantes à perte de vue. Au loin, les silhouettes familières de l’Atomium et de Notre-Dame de Laeken découpent l’horizon. Une immense baie invite des petits nuages bourgeonnant à jouer les motifs de papier peint animé.

 

 

Photo : Olivier Papegnies

L’habitation accueille aussi des ateliers : Marine est relieuse et photographe ; Nicolas est électronicien et musicien. « Nous voulions un endroit qui nous ressemble, où vie de famille, création artistique et rencontres humaines se mêlent harmonieusement, naturellement… », résume Nicolas. Le couple combine activité artistique et emploi à temps partiel. « Pas question de renoncer à notre liberté pour devenir propriétaires », martèle Marine.

« Veiller à bien s’entourer »

Avec un projet atypique et des revenus modestes, Marine et Nicolas ont essuyé le refus de plusieurs banques traditionnelles, peu enclines à financer un projet incertain, dont la viabilité repose sur la location d’ateliers de création. Puis ils ont poussé la porte de la Banque Triodos. « En entrant chez Triodos, on a eu l’impression de changer de monde », se souvient Nicolas. Marine : « Notre conseillère a été immédiatement séduite par le projet, avec sa dimension durable, mais aussi ses aspects culturels et humains. Sans cette rencontre, je suis persuadée que nous ne serions pas ici aujourd’hui ».

Photo : Olivier Papegnies

À partir de cet instant, tout est devenu plus facile. Nicolas donne un exemple : « La banque a accepté de nous faire confiance malgré le fait que le permis n’était pas encore accordé. Une première tranche du crédit a ainsi été libérée pour l’achat du bâtiment, et nous avons pu franchir cette étape cruciale. On s’est vraiment sentis accompagnés, encouragés ». Morale de l’histoire : « Il est crucial de s’entourer de partenaires qui partagent vos valeurs et croient en votre projet. Et c’est valable aussi pour les autres postes : entrepreneurs, architectes, cohabitants… ».

Des matériaux et des valeurs

La Banque Triodos a la réputation d’être exigeante dans l’octroi de crédits hypothécaires. « Pourtant, nous n’avons pas fait de choix particulièrement coûteux », précise Nicolas. En revanche, les aménagements font la part belle aux matériaux de récupération et au bois labellisé. Et une foule d’autres facteurs ont séduit la banque, comme le maintien d’une activité professionnelle à caractère culturel, le local vélos, la récupération des eaux de pluie ou encore le projet de potager sur le toit.

Le prix du crédit ? « Dans l’ensemble, les différences entre les banques ne représentent pas grand-chose, surtout avec les réductions de taux que nous avons obtenues en raison des qualités de notre projet », indique Marine. « L’essentiel pour nous, c’était aussi que le choix de Triodos corresponde à nos valeurs », insiste Nicolas.

Photo : Olivier Papegnies

Un souvenir flotte dans la mémoire de Marine. Il fournira la conclusion de cet article. « Il y a une vingtaine d’années, j’ai photographié une phrase écrite sur le mur d’un bar, elle me trotte dans la tête depuis quelques temps ». La phrase disait : « Ils l’ont fait parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible ».