Désormais, trois catégories sont proposées, de la plus à la moins durable : Sustainable, Transition et ESG Basics. Les organismes de placements durables devront classer leurs produits dans l’une de ces catégories, chacune étant accompagnée de critères d’exclusion.
Rosl Veltmeijer y voit une avancée : « Jusqu’ici, la réglementation se limitait surtout à exiger des fournisseurs qu’ils soient transparents sur la durabilité. Avec cette nouvelle proposition, on passe à une vraie directive de fond, et ça, c’est une bonne chose selon nous. »
Gaz et pétrole : attention au greenwashing
Cependant, il faut rester vigilant, surtout avec la catégorie ESG Basics qui prête particulièrement au greenwashing. « Pour cette catégorie, il suffit de respecter quelques critères, comme ne pas investir dans le tabac ou les armes controversées, qui sont de toute façon interdits en Europe. Par contre, ces fonds peuvent très bien investir dans le gaz ou le pétrole. », souligne Rosl Veltmeijer. « Si nous cherchons des placements vraiment durables et que nous nous tournons vers un fonds de cette catégorie parce qu’il coche les critères ESG, il faut savoir que notre argent pourrait financer une nouvelle plateforme de forage pétrolier. Pour nous, cette catégorie est trompeuse et il vaudrait mieux qu’elle ne voie pas le jour. »
Plus durable, plus cher
Et qu’en est-il des placements non durables ? « C’est un problème ancien que la nouvelle proposition ne règle pas », explique Rosl Veltmeijer. « Plus un produit est durable, plus il doit faire l’objet de rapports, et c’est toujours le cas avec la nouvelle réglementation. Du coup, les acteurs financiers qui ne classent pas leurs produits dans ces catégories n’ont pas à y consacrer du temps ou des ressources. C’est un peu comme la pomme bio au magasin : elle est meilleure, mais aussi plus chère. »
L’intention reste louable : l’Europe veut que nous puissions évaluer les éventuels dégâts causés par un produit d’investissement, et impose donc la transparence aux fonds qui se disent durables. « Pourtant, ce raisonnement devrait aussi s’appliquer aux produits non classés, car c’est justement là que le risque de dommage est le plus élevé. La proposition impose des clauses de non-responsabilité aux fournisseurs de produits durables, mais ne s’intéresse pas aux produits potentiellement nocifs. Nous pensons que les produits non classés devraient aussi rendre compte des préjudices qu’ils causent. »
Un lobby puissant
Pourquoi est-il si difficile d’appliquer ce principe et de garantir des conditions équitables pour tous les investisseurs ? Selon Rosl Veltmeijer, tout est lié au poids des lobbies financiers : « Si les pommes non bio affichaient un label ‘cultivé aux pesticides’, plus personne n’en donnerait aux enfants. Ce serait pareil pour les fonds, s’ils devaient révéler publiquement l’impact négatif de leurs placements sur l’humain et l’environnement, comme dans le secteur des énergies fossiles. Évidemment, ils ne sont pas du tout favorables à cette idée. »
En plus, la nouvelle proposition leur permet quand même de se présenter comme durables, même si leurs produits ne rentrent dans aucune des trois catégories. « En gros, ils peuvent publier volontairement des infos sur la durabilité, tant que ça ne représente pas plus d’un dixième de leur communication marketing. Mais comment vérifier cette proportion ? Ce système accroît le risque de greenwashing et peut embrouiller celles et ceux qui veulent investir. »
Des secteurs oubliés
Autre point délicat : avec la nouvelle proposition, les produits d’investissement qui contiennent au moins 15 % d’activités présentes sur la liste européenne des activités durables (la ‘taxinomie’) peuvent être automatiquement classés dans la catégorie Transition ou Sustainable. Rosl Veltmeijer précise : « Pourtant, la taxinomie de l’UE n’est pas encore complète : il manque l’agriculture durable et les activités du secteur social. L’impact du secteur social est certes plus difficile à mesurer que celui des activités ‘vertes’, mais en pratique, ces secteurs sont désavantagés alors qu’ils sont tout aussi essentiels pour un monde viable. »
En résumé, cette proposition améliore certes les règles en vigueur, mais elle ne met pas tous les produits d’investissement – durables et non durables – sur un pied d’égalité. Plusieurs petites failles restent à surveiller pour éviter le greenwashing, afin que les investisseurs et investisseuses ne soient pas induits en erreur et que les investissements durables puissent vraiment réaliser tout leur potentiel.

Merci pour votre commentaire!
Confirmez votre commentaire et cliquant sur le lien que vous avez reçu par e-mail